Extrait du site de Hubert
Reeves, Astrophysicien et président de la ligue ROC
Il faut inscrire en lettres d'or l'article 5 de la
future charte de l'environnement : « Lorsque la réalisation d'un
dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques,
pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement,
les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution
et dans leurs domaines d'attribution, à la mise en œuvre de procédures
d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires
et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.
»
Nous nous sommes mobilisés pour défendre la charte de l'environnement
lors de ses passages dans les deux Assemblées et nous nous étions
réjouis des votes des parlementaires. Il reste qu'elle doit recevoir
une consécration constitutionnelle afin que le principe de précaution
prenne une valeur décisive.
La pertinence de ce principe est à souligner à nouveau puisque
le grand jour est proche. C'est un principe d'action exceptionnel pour risques
exceptionnels.
Rappelons que nous avons à faire face à des risques exceptionnels
concernant la santé planétaire et la santé humaine, risques
dont l'humanité pourrait pâtir de façon grave. À
cet égard, le principe de précaution est un élément
essentiel de la charte.
Il s'agit d'éviter des évolutions dangereuses non seulement pour
la nature et l'environnement mais pour nous-mêmes, puisque tout ce que
nous faisons a des répercussions sur nous. Attendre le stade des certitudes
scientifiques pour se mettre à infléchir le cours des choses pourrait
être suicidaire.
L'article 9 dit : « La recherche et l'innovation doivent apporter leur
concours à la préservation et à la mise en valeur de l'environnement.
» On a là un levier considérable pour le développement
des connaissances et des techniques, un tremplin pour des carrières scientifiques,
une source de postes de chercheurs à créer pour apporter ce concours.
Il est difficile d'imaginer que les députés et sénateurs
qui ont voté le texte de la charte de l'environnement puissent aujourd'hui
se dédire. Et qu'on ne dise pas « non » au motif que ce n'est
pas suffisant. En disant « non », il n'y aura rien du tout. C'est
pire. Faisons ce pas, la prochaine fois on en fera un autre.